Les Aventures magiques d’Alfie Blackstack | Jess Kidd

« […] on peut avoir peur et être courageux en même temps, et quand on a une meilleure amie, rien n’est impossible ! »

— Jess Kidd, Les Aventures magiques d’Alfie Blackstack

Bienvenue à Little Snoddington

Alfie va en effet devoir s’armer de courage pour affronter sa nouvelle existence à Little Snoddington, où il part vivre suite aux décès tragiques (mais quelque peu cocasses, si l’on aime l’humour noir) de ses parents.

Les Aventures magiques d'Alfie Blackstack, Jess Kidd, Cecile Chartres, Actes Sud, 2022
Source : Actes Sud

Il ne s’attendait certainement pas à rencontrer des tantes aussi… spéciales. Gertrude et Zita ne sont pas des femmes ordinaires ! L’une porte des habits bariolés, l’autre se drape dans des habits d’un noir corbeau ; l’une est accompagnée d’un chaleureux chat roux, l’autre d’une chauve-souris a priori peu sympathique ; l’une arbore une chevelure violette, l’autre fait pousser son nez comme un concombre. Bref, les sœurs Blackstack sont des sorcières.

Et ce ne sont pas les seules personnes jugées « différentes » par les commères du village, certains membres du cirque de passage faisant eux aussi preuve d’une originalité qui détonerait dans le salon de thé bon chic bon genre de Mlle Mention.

Alfie aurait pu passer des jours plutôt paisibles à Little Snoddington, peut-être un peu solitaires et effrayants, mais tout de même relativement calmes, si tout ne s’était pas emballé… Quelle est cette mystérieuse poignée-de-porte-boule-à-neige que lui a donnée M. Fingerhut derrière son Comptoir du rire ? Quelles sont les intentions de la Sorcière en chef Prunella Morrow, qui se met désormais à rendre visite à Switherbroom Hall, la nouvelle résidence d’Alfie ?

Autant d’énigmes que le petit garçon de neuf ans va devoir éclaircir avec l’aide de sa nouvelle amie, Calypso, dont la famille tient le cirque installé dans la petite ville.

Un univers magique aux accents féminins

Jess Kidd crée ici une ambiance délicieusement « sorcièresque » et résolument féminine. Les sorcières sont majoritairement des femmes, alors pourquoi appliquer la règle du masculin qui l’emporterait soi-disant sur le féminin ?

Rien de révolutionnaire, toutefois, dans cet univers magique qui reste somme toute très classique. Les sorcières ont des Familiers, se déplacent sur des aspirateurs (il faut vivre avec son temps), peuvent avoir des verrues et vivent dans des maisons aussi extraordinaires que leurs pouvoirs.

Pouvoirs qui se manifestent d’ailleurs d’une étrange manière, essentiellement à base de poudres, comme si tout un chacun pouvait finalement faire de la magie. Point de baguettes magiques ou d’éclairs jaillissant de doigts tendus dans ce roman, mais des potions permettant aux sorcières de laisser libre cours à leur imagination.

Si la magie aidera quelque peu Alfie à parvenir au bout de sa quête, ce sont surtout son courage et la force de l’amitié qui l’aideront à surmonter les épreuves qui l’attendent, ainsi qu’un fantôme bibliothécaire aux interventions un peu trop commodes…

Des aventures qui manquent de sel

Le jeune protagoniste ne risque pas de se trouver dans une impasse : une simple visite à la bibliothèque semble suffire à résoudre le moindre problème. Malgré ce bel hommage aux bibliothèques, les péripéties dAlfie manquent donc d’enjeux, tout comme les dialogues manquent de caractère. Les personnages vont d’une scène à l’autre sans réel panache, tandis que les adultes font preuve d’une naïveté et d’une insouciance qui permet à de jeunes enfants de mener leur vie comme bon leur semble.

L’histoire n’est pourtant pas dépourvue d’intérêt, soulevant des réflexions sur le pouvoir autoritaire et la démocratie, la Sorcière en chef étant une femme charismatique mais tyrannique qui règne par la terreur. Le roman aborde aussi rapidement les problèmes du harcèlement et de l’intolérance. Mlle Mention, par exemple, « déteste » Gertrude et Zita « parce [qu’elles n’ont] pas le même mode de vie qu’elle », mais cela ne compense malheureusement pas le manque d’épaisseur des personnages et de l’action.

L’autrice accorde néanmoins beaucoup d’importance à l’amitié, une belle valeur que l’on retrouve souvent en littérature jeunesse et qui permet ici à Alfie de dépasser ses peurs, lui qui craint (presque) tout, par-dessus tout de vivre des aventures !

Bonne histoire, « mauvais » public ?

Les Aventures magiques d’Alfie Blackstack est en outre bien traduit, mais selon moi peu adapté à des lecteurs francophones. De nombreuses pages sont en effet dédiées au « jeu des Échelles », qui me semble bien plus populaire dans les pays anglo-saxons (sous le nom de Snakes and Ladders) qu’en France. Je n’aurais en tout cas probablement pas compris cette partie si j’avais lu ce livre à dix ans…

Ce roman n’a toutefois pas été une lecture désagréable, j’ai même été vraiment séduite par l’atmosphère délicieusement classique d’une histoire de sorcières au début du récit, mais ai malheureusement fini par m’ennuyer au fil des pages.

Aurais-je perdu mon âme d’enfant ? Je ne pense pas, et je suis d’avis qu’il est nécessaire de faire preuve d’exigence envers la littérature jeunesse, qui donnera (ou non) le goût de la lecture aux plus jeunes…

Le livre est promu comme « un mélange envoûtant entre Sacrées Sorcières, Nevermoor et Lemony Snicket [sic] »1 sur le site de l’autrice… Des comparaisons avec des œuvres largement acclamées qui me semblent avoir plus de mordant, de complexité et… d’âme, dirais-je, que Les Aventures magiques d’Alfie Blackstack – même si je n’ai pas lu Nevermoor ni Sacrées Sorcières, ce qui ne m’empêche pas de connaître Roald Dahl.

Celles et ceux qui apprécieront ce roman seront toutefois ravis de constater que plusieurs questions restent en suspens à la fin, appelant une suite même si l’intrigue principale de ce premier volume trouve une conclusion à l’issue de la lecture.

Une lecture qui manquait malheureusement un peu de magie à mon goût…

1 Traduction personnelle de la phrase « An enchanting mix of The Witches, Nevermoor and Lemony Snicket ».

Ma note

3 sur 5 : sympathique

À propos

Autrice : Jess Kidd
Traductrice : Cécile Chartres
Titre original : Everyday Magic
Maison d’édition : Actes Sud Junior
Date de publication : 2022
Pages : 352
ISBN : 978-2330162818

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