Les Dames du lac | Marion Zimmer Bradley

« Jamais elle ne devait oublier cette première vision d’Avalon dans l’or du couchant, si resplendissante, si émouvante qu’elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Non, jamais elle ne devait oublier, tel qu’il lui apparut ce soir-là dans toute sa splendeur, ce paysage de nulle part noyé dans le silence, la quiétude et l’harmonie […]. »

— Marion Zimmer Bradley, Les Dames du lac

Une réécriture du point de vue des femmes

Voici une lecture que je dois à BookTube, et plus particulièrement à Margaud, de la chaîne Margaud Liseuse, qui évoque Les Dames du lac dans nombre de ses vidéos (par exemple dans celle qu’elle a consacrée à la légende arthurienne). Je n’ai donc pas hésité à prendre cet ouvrage lorsque je l’ai trouvé dans une boîte à livres, dans sa vieille édition de 1997 – pas celle, plus récente, utilisée en illustration.

Ce roman propose une réécriture de la légende du roi Arthur qui se concentre sur les femmes de l’histoire : Viviane, Ygerne, Morgane et Guenièvre. Autant de personnages attachants qui restent peut-être trop dans l’ombre de leurs camarades masculins, et qui sont ici en pleine lumière.

Chacune a son caractère bien distinct, sa part de pouvoir, ses propres réactions aux changements qui surviennent alors en Grande-Bretagne. Le pays est en proie aux envahisseurs. Des envahisseurs venus de l’extérieur (Jutes, Saxons, Scots), mais aussi des envahisseurs que l’on pourrait qualifier d’« infiltrés » : les Romains, qui sont désormais bien établis dans la région et dont la nouvelle religion chrétienne prend peu à peu le pas sur les croyances traditionnelles, entourées de mystères, de rites et en communion avec la nature.

Nature, religion et conflits

Plus que l’intrigue, c’est cette communion avec la nature qui m’a particulièrement plu dans Les Dames du lac. Les descriptions d’Avalon et des paysages de Cornouailles sont à couper le souffle, impossible d’y rester insensible ! Viviane et Morgane vivent dans une telle harmonie avec la nature qu’il est vain de résister à l’appel de la brume, du lac, de la forêt et des grands espaces.

Ce retour à la nature ne se manifeste pas que dans la relation des femmes aux quatre éléments, mais aussi dans leurs relations aux autres, et notamment à la sexualité. Marion Zimmer Bradley montre très bien comme le sexe est un péché pour les Chrétiens, alors qu’« offrir son corps au Dieu ou à la Déesse, en totale communion avec la nature », est une vertu pour les adeptes des anciennes croyances.

À cette vie au contact de la nature s’ajoutent intrigues politiques et jeux d’alliance passionnants, le royaume étant divisé entre divers duchés, divers peuples, qui doivent s’allier afin de repousser l’opposant. Tout cela devient encore plus complexe à cause des conflits religieux qui créent des scissions entre les habitants de la Grande-Bretagne.

Merlin, le fameux enchanteur, et Viviane tiennent pourtant un discours de tolérance, toujours bon à entendre à notre époque. Mais les belliqueux , les fanatiques ou, simplement, les croyants les plus fervents, refusent d’entendre que « tous les Dieux ne dont qu’un ». Cette volonté d’imposer le christianisme rappelle notamment Things Fall Apart, dans lequel Chinua Achebe relate la colonisation et la christianisation du Nigeria – d’autres lieux, d’autres époques, mais des problèmes similaires.

Un récit passionné et passionnant

Fondé sur un roman de chevalerie, Les Dames du lac conte quelques combats et tournois, mais également des histoires d’amour enflammées, passionnées, sur les plans à la fois sentimental et charnel. Comment ne pas frémir aux déclarations désespérées de Lancelot ? Comment ne pas souffrir avec Guenièvre, écartelée entre son époux et l’homme qu’elle aime ? Comment ne pas compatir avec Morgane, ses cas de conscience et ses déceptions ?

Ce roman est une merveilleuse plongée au cœur d’un monde fantastique et enchanteur, une excellente surprise pour moi qui ne lis que très peu de fantasy. Je ne brûle pas d’impatience de lire le second volume, mais aimerais tout de même me le procurer, ne serait-ce que pour me délecter de la magnifique plume des traducteurs, Claude Bobin et Gérard Villers.

Il paraît important de mentionner les traducteurs, car il semblerait que la traduction initiale faite en 1986 pour les Éditions Pygmalion soit en réalité une adaptation. Elle est certes très agréable à lire, mais il le côté romantique aurait été exacerbé au détriment de l’intrigue historico-politique. Le Livre de Poche propose quant à lui une autre traduction, toujours en deux tomes, de Brigitte Chabrol, peut-être plus fidèle à l’histoire d’origine.

Je tiens également à préciser que Marion Zimmer Bradley a fait l’objet d’accusations de pédophilie qui pourront déranger certains lecteurs et lectrices, comme le mentionnent Actualitté ou The Guardian – je n’entrerai pas ici dans le passionnant débat « Faut-il séparer l’œuvre des agissements de son auteur ? », mais cette information me semble importante afin de pouvoir prendre des décisions éclairées.

Ma note

4 sur 5 : à lire et à faire lire

À propos du livre

Autrice : Marion Zimmer Bradley
Maison d’édition : Pygmalion
Date de parution : 1986
Adaptation française : Claude Bobin et Gérard Villers
Pages : 416

3 commentaires

    • En effet, c’est toujours la grande question quand un auteur ou une autrice fait l’objet de telles accusations, faut-il ou non (re)lire son œuvre… Je pense qu’être informé·e est déjà un bon point de départ, afin d’adopter le recul critique nécessaire. C’est en tout cas une question à laquelle je réfléchis toujours et que j’aimerais creuser à l’avenir…
      Merci de ta visite !

      Aimé par 1 personne

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