Origine | Dan Brown

« Parfois il suffit d’un simple changement de point de vue pour distinguer une autre réalité. »

— Dan Brown, Origine

Retrouvons notre cher Robert Langdon

Dan Brown a encore frappé, et il a frappé fort avec Origine, qui est sans doute mon livre préféré de l’auteur (il ne me manque plus qu’Inferno et j’aurai lu toute son œuvre hormis son album jeunesse La Symphonie des animaux (Hachette, 2020)).

Origine, Dan Brown, JC Lattès, 2017
Source : JC Lattès

Comme souvent, l’action démarre dès les premières pages avec une mystérieuse invitation envoyée au professeur en symbologie Robert Langdon. Ce dernier se rend à Bilbao pour assister à la conférence organisée par le célèbre futurologue Edmond Kirsch, l’un de ses anciens élèves et éminent spécialiste des nouvelles technologies, qui affirme pouvoir répondre aux deux principales interrogations existentielles des humains.

Une série de rebondissements va bien sûr perturber la soirée et forcer Langdon ainsi que la directrice du musée Guggenheim, Ambra Vidal, à poursuivre la mission de Kirsch avec l’aide d’un assistant un peu particulier…

Outre la maîtrise de ses intrigues que Dan Brown n’a plus à prouver, les thématiques abordées sont sans conteste le point fort de ce roman haletant. Il n’y est pas seulement question de sociétés occultes et d’ésotérisme, Origine va plus loin en interrogeant notre humanité même au regard des nouvelles technologies et de la religion. L’éternel débat entre sciences et croyances est au cœur de cet ouvrage richement documenté qui soulève de nombreuses questions profondes sous couvert de divertissement.

En mêlant art, foi, philosophie et progrès technologique, Dan Brown parvient à tisser sa toile dans une Espagne en proie à l’agitation politique et dont la royauté est remise en cause. Une touche supplémentaire de politique qui pourrait effrayer mais ajoute beaucoup de substance au roman au roman – d’un point de vue intellectuel comme émotionnel – sans le compliquer outre mesure grâce aux explications très claires de l’auteur.

Un voyage à cent à l’heure

Impossible de ne pas vouloir se rendre à Barcelone, Bilbao et Madrid en lisant cette enquête ! Vous pourriez même être tentés par Budapest et Dubaï… Origine ne nous fait pas seulement voyager dans le temps mais aussi dans l’espace ! Les multiples références à des lieux emblématiques de grandes villes du monde, à des chefs d’œuvre architecturaux et à des œuvres d’art emblématiques sont autant de pistes à explorer, tiraillant lecteurs et lectrices entre leur désir de poursuivre l’aventure et l’envie de faire de plus amples recherches.

De l’abbaye de Montserrat à la grande synagogue de Budapest, de la cathédrale de La Almudena aux romkocsmas hongrois en passant par le musée Guggenheim de Bilbao, difficile de savoir où donner de la tête ! Le plus impressionnant est certainement la description que nous fait Dan Brown de l’œuvre d’Antonio Gaudí, en particulier de la Sagrada Família, qui m’a donné une irrésistible envie d’en savoir plus sur l’artiste.

À toutes ces références culturelles s’ajoutent des passages dans les langues des pays explorés, parfois non traduits, qui ajoutent à l’authenticité du roman et permettent réellement de s’immerger dans l’histoire aux côtés des personnages.

Des personnages familiers…

Ces derniers sont fidèles à ceux que nous propose habituellement l’auteur : exaltés, extrêmes, avec un héros et une héroïne un peu trop parfaits pour être vrais. Dan Brown n’a pas abandonné son lyrisme et ses belles déclarations parfois bien peu réalistes, mais c’est aussi pour cela qu’on l’aime ! Comme cela m’avait déjà marquée dans Deception Point, la protagoniste a malheureusement tendance à être sexualisée… Cet aspect m’a toutefois légèrement moins dérangée dans Origine, car la comparse de Langdon est fiancée à un autre, ce qui calme les ardeurs du personnage masculin.

Tous les personnages secondaires sont bien exploités, chacun ayant son rôle à jouer pour faire avancer l’intrigue et délivrer des messages sans en avoir l’air, même si les révélations sont parfois retardées un peu artificiellement… J’ai particulièrement apprécié le personnage de Winston – je vous laisse découvrir qui il est –, qui est à la fois intrigant, attachant et dérangeant.

… au service d’un récit enrichissant

La lecture d’Origine me semble salutaire à l’heure où conflits mondiaux, terrorisme et religions s’entremêlent dans les journaux télévisés, à l’heure où les nouvelles technologies remettent en question nos conceptions de l’humanité, de l’art et de l’intelligence, à l’heure où les messages de haine et les clivages entre populations menacent l’avenir d’une humanité qui a pourtant beaucoup à offrir. Brown nous rappelle d’ailleurs notre devoir de mémoire avec l’aphorisme de George Santayana :

« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. »

Malgré ses quelques défauts, notamment la construction légèrement stéréotypée des personnages et les rebondissements sans fin qui semblent un peu trop orchestrés, je ne peux que vous encourager à Origine ; une enquête haletante et passionnante qui vous fera passer un délicieux moment de lecture tout en étant instructive et extrêmement stimulante pour la curiosité. Même si je me doute qu’elle ne me laissera pas un souvenir impérissable, à l’image des autres livres de l’auteur…

Alors que l’écriture de Brown me paraît parfois quelque peu ennuyeuse en anglais, j’ai été transportée par la très bonne traduction de Dominique Defert et de Carole Delporte… Qui l’eût cru, il se pourrait bien que je préfère lire ce talentueux auteur en version traduite plutôt qu’originale !

Je vous laisse avec ma citation favorite du livre, qui témoigne autant du sentimentalisme de Dan Brown que de l’intérêt de son roman au-delà de son aspect aventureux :

« Le seul moyen de vaincre la mort est de faire de sa vie un chef-d’œuvre. C’est à nous de saisir toutes les opportunités d’être bon et d’aimer sans réserve. »

Dan Brown, Origine

Ma note

4 sur 5 : à lire et à faire lire

À propos du livre

Auteur : Dan Brown
Traducteur et traductrice : Dominique Defert et Carole Delporte
Maison d’édition : JC Lattès
Parution : 4 octobre 2017
Pages : 576
ISBN : 978-2709659802

2 commentaires

    • Il est aussi possible que son écriture se soit améliorée au fil des livres ; la différence que j’ai perçue ne viendrait donc peut-être pas tant de la traduction mais plutôt des « progrès » de Dan Brown – mais le texte en français m’a paru particulièrement bon comparé à ceux que j’ai lus en anglais auparavant. C’est bien sûr très subjectif, et dépend aussi de mon rapport à la langue ! Merci de revenir sur ce point sur lequel je n’ai peut-être pas assez insisté dans mon article…
      Bon dimanche !

      J’aime

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