Je pense trop | Christel Petitcollin

« Qui pourrait penser qu’être intelligent puisse faire souffrir et rendre malheureux ? »

— Christel Petitcollin, Je pense trop

Un ouvrage décevant dès le premier abord

Cette citation ne laissait rien présager de bon : combien d’exemples l’histoire, la littérature et l’art, entre autres disciplines, nous ont-elles donnés de génies meurtris, torturés par leur « intelligence » ? Je pense trop est pourtant l’un des premiers ouvrages conseillés lorsque l’on commence à s’interroger sur la surdouance, le haut potentiel, la zébritude… selon son appellation favorite.

J’ai cependant été assez déçue par ce livre qui survole la question sans que les propos tenus ne soient réellement étayés. Une bibliographie d’une vingtaine de références est certes disponible à la fin, mais j’aurais aimé que l’autrice renvoie plus systématiquement vers ses sources en bas de page afin de mieux savoir vers quel ouvrage me tourner pour creuser tel ou tel point – Christel Petitcollin explique ne l’avoir pas fait pour éviter d’alourdir l’ensemble.

Cela m’aurait néanmoins semblé judicieux étant donné le sérieux du sujet, d’autant plus que le manque de soin éditorial m’a beaucoup plus dérangée que ne l’auraient fait quelques notes de bas de page supplémentaires. Les incohérences typographiques se multiplient dans ce livre et détournent régulièrement de la lecture, le tout donnant l’impression d’avoir été rapidement mis en pages puis envoyé à l’impression.

Des propos flous sans réelles assises

Pour en revenir au contenu, Je pense trop propose plusieurs informations et pistes intéressantes pour mieux comprendre « comment canaliser [un] mental trop envahissant » (le sous-titre du livre), mais son manque de rigueur et de précision lui portent préjudice.

Il me semble tout d’abord que Christel Petitcollin n’explique pas comment elle en est arrivée à considérer que 15 à 30 % de la population aurait un cerveau surefficient (p. 62). Elle déconseille de passer les tests de QI – selon lesquels un peu plus de 2 % de la population serait surdouée –, car ils ne seraient pas adaptés au mode de fonctionnement des surefficients. La différence entre les termes « surefficient » et « surdoué » pourrait certes expliquer cet écart, mais l’autrice défend l’appellation « surdoué » pour les surefficients dans l’introduction… avant de soulever la question « cette surefficience est-elle de la surdouance ? » (p. 97) Elle m’avait déjà perdue à ce stade !

Sa vision de l’intelligence m’a parue très trouble : elle rappelle qu’il existe de multiples formes d’intelligence et qu’il s’agit d’une « notion subtile et volatile » (p. 101) mais n’hésite pas à assener les expressions « supérieurement intelligent » (p. 70 et 150), allant même jusqu’à parler d’un « décalage perçu par les inférieurs et niés [sic] par les supérieurs » (p. 153). De quoi laisser perplexe, alors que les psychologues faisant passer les tests de QI déclarent chercher à comprendre le fonctionnement des patients et non à leur coller des étiquettes.

Des pistes (superficielles) à explorer

Je pense trop permet toutefois de mieux comprendre ce qu’il peut se passer à l’intérieur d’un cerveau bouillonnant, tant au niveau de l’hypersensibilité de beaucoup de surefficients que de leur vision du monde, de leurs caractéristiques neurologiques et des personnalités qui en découlent.

La partie la plus intéressante est à mon sens la dernière, qui propose des clés pour mieux vivre avec un mental envahissant sans se laisser manipuler par autrui ou se rabaisser sans arrêt. L’autrice incite même à explorer son intuition et sa spiritualité, un niveau de réflexion un peu plus ésotérique bienvenu vu les profils des personnes concernées par ce livre.

Cet ouvrage peut être intéressant à lire pour se renseigner dans les grandes lignes sur le sujet de la douance, mais il faudra passer outre un ton parfois un peu moqueur voire déplacé et des propos qui peuvent sembler péremptoires sans s’appuyer sur aucun fondement solide.

Un bilan plutôt négatif

La vision du couple (essentiellement hétérosexuel) qui y est livrée ainsi qu’une théorie hasardeuse sur le rôle du père dans la surefficience mentale m’ont particulièrement fait tiquer. Cela m’a confirmé que je n’achèterai ni Je pense mieux (Guy Trédaniel, 2015) ni son dernier livre J’ai pas les codes ! (Albin Michel, 2021), même s’ils sont susceptibles de contenir quelques informations utiles et pourraient être intéressant à feuilleter en bibliothèque.

Je suis donc très mitigée à propos de ce livre sur lequel vous trouverez de nombreux avis en ligne. Si vous aimeriez vous renseigner davantage, je vous conseille de visionner la vidéo de Lucie Diez sur le sujet ainsi que celle de Laetitia de la chaîne YouTube Le Corps La Maison L’esprit. Elle y parle notamment du danger de l’autodiagnostic à partir de tels livres, qui brassent tant de généralités que chacun pourrait d’y retrouver s’il le souhaite… Il faudrait peut-être mieux différencier le fait d’avoir un mental envahissant de celui d’être surdoué afin de mieux saisir les lecteurs et lectrices visés par cet ouvrage.

Il s’agit en tout cas d’un sujet complexe mais très intéressant à approfondir ! Le cerveau est de toute manière un organe si complexe qu’il gardera certainement toujours ses secrets, les intelligences étant en outre multiples et sans doute indéfinissables…

Ma note

2,5 sur 5 : mitigée

L’atmosphère

L'atmosphère de Je pense trop, Christel Petitcollin, Guy Trédaniel, 2010 (images issues de Pixabay)

À propos

Autrice : Christel Petitcollin
Maison d’édition : Guy Trédaniel
Date de publication : Décembre 2010 (les numéros de page correspondent à mon édition imprimée en 2019)
Pages : 252
ISBN : 978-2813201966

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