Terribles Tsarines | Henri Troyat

« Un silence lugubre s’est abattu sur le palais d’Hiver. Alors que, d’habitude, la stupeur qui marque le décès d’un souverain est suivie d’une explosion de joie à la proclamation du nom de son successeur, cette fois les minutes passent et l’abattement, l’incertitude des courtisans se prolongent de façon alarmante. On dirait que Pierre le Grand n’en finit pas de mourir. »

— Henri Troyat, Terribles Tsarines

Des débuts difficiles

J’ai (enfin !) lu Terribles Tsarines, livre qui a dormi près d’une quinzaine d’années dans ma bibliothèque, maintes fois commencé et jamais terminé – souvent abandonné avant même d’avoir fini le deuxième chapitre. Combien de fois ai-je relu ces quelques lignes d’ouverture, qui attestent pourtant de la gravité du sujet de ce livre ?

Terribles Tsarines, Troyat, Livre de Poche, 2006
Source : Fnac

Pourquoi tant de haine ? Ce que je considère comme un faux pas éditorial, principalement : Le Livre de Poche Jeunesse classe ce texte comme « roman historique » pour adolescentes et adolescents dès treize ans, alors qu’il a initialement été publié dans la collection « Essais et documents » de Grasset… Les jeunes collégiennes et collégiens qui ont dû lire cette œuvre ont certainement souffert !

M’attendant à un roman avec un ou des personnages principaux et une certaine intrigue, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir le style très factuel voire aride d’Henri Troyat, qui relate les règnes de trois impératrices et d’une régente de Russie suite à la mort du Tsar Pierre le Grand en 1725.

Une plongée dans la cour russe du XVIIIe siècle

Catherine Ire, Anna Ivanovna, Elisabeth Ire et Anna Leopoldovna vont, chacune leur tour, se hisser au sommet du pays et y vivre leurs passions, entre intrigues politiques, affaires internationales, histoires d’amour, rivalités familiales et soif de pouvoir, d’amusements, d’affection et de plaisirs de la chair. Un cocktail prometteur malheureusement desservi par le manque de souffle romanesque de la plume auquel on pourrait s’attendre dans un « roman », justement….

Bien qu’il m’ait été difficile d’entrer dans cette histoire, je dois avouer l’avoir ensuite lue avec une certaine avidité, désireuse de savoir quel pion serait déplacé sur l’échiquier politique, quelles alliances allaient se former ou se briser, et à quelles extravagances les tsarines allaient bien pouvoir se livrer.

Le portrait des Romanov et des dirigeantes et dirigeants russes est sans concessions. Une description de Catherine Ire résume bien l’attitude de ces tsarines à la fois captivantes, inquiétantes et bouillonnantes :

« Elle est tour à tour vorace et avisée, bassement sensuelle et froidement lucide. »

— Henri Troyat, Terribles Tsarines

Les lecteurs et lectrices assistent impuissantes aux frasques de ces femmes qui semblent mener leur pays à sa perte à force de mélanger plaisirs et affaires, excès et méfiance, tant au sein même de leur nation qu’avec leurs partenaires européens qui perdent peu à peu confiance.

Ce récit n’est toutefois pas dénué de lueurs d’espoir ! L’esprit russe cadre certes difficilement avec les idéaux de démocratie et de justice qui auraient pu alléger cette lecture (combien de pays étaient alors démocratiques, d’ailleurs ?), mais cela n’empêche pas le développement des arts et d’une culture aujourd’hui mondialement reconnus. Troyat insiste tout particulièrement sur le rôle de Lomonossov qui, sous Elisabeth Ire, a changé la langue russe.

« Ce qui change imperceptiblement, ce ne sont pas les esprits ou les mœurs, c’est la manière de choisir et d’agencer les mots, d’exprimer sa pensée. »

— Henri Troyat, Terribles Tsarines

Une lecture finalement instructive et satisfaisante

Terribles Tsarines est une belle introduction à la Russie du XVIIIe siècle pour celles et ceux qui aimeraient se familiariser avec sans trop savoir par où commencer. L’auteur rend les jeux de pouvoir clairs et accessibles sans les simplifier à outrance et transmet, à travers sa plume, un bout de l’âme russe et un souffle d’air glacial venu de Sibérie. Membre de l’Académie française, Henri Troyat nous fait en outre cadeau d’une langue soutenue sans être hermétique, très appréciable, qui élargira sans aucun doute votre vocabulaire ! Ce livre me semble toutefois plus adapté à un public adulte ou adolescent passionné d’histoire ou de Russie qu’à de jeunes lecteurs et lectrices « lambda », qui s’y retrouveront sans doute moins…

Il serait en outre intéressant d’avoir un point de vue féminin sur les règnes de ces tsarines. Une autrice aurait-elle autant insisté sur les « rivalités de femmes » que cet écrivain français d’origine russe ? Aurait-elle mis en avant les mêmes événements, les mêmes propos, ou se serait-elle concentrée sur d’autres aspects ici délaissés au profit d’une mise en avant des corps et désirs des femmes de pouvoir ?

Difficile à dire pour une novice comme moi, j’accueillerais donc toute recommandation avec les bras ouverts afin d’en savoir plus sur l’histoire de la Russie !

Ma note

3,5 sur 5 : à découvrir

L’atmosphère

L'atmosphère de Terribles Tsarines, Henri Troyat

À propos

Auteur : Henri Troyat
Maison d’édition : Le Livre de Poche (initialement publié chez Grasset)
Date de publication : 2006 (initialement publié en 1998)
Pages : 320
ISBN : 978-2013212106

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