Sea sisters | Géraldine Le Roux

« Nous devons considérer nos actes les plus anodins et quotidiens, et prendre conscience de leur impact environnemental. »

— Géraldine Le Roux, Sea Sisters

Avez-vous jamais rêvé de mettre les voiles, de voguer sur un océan vierge de toute trace humaine, loin de toute pollution, loin de tous ces comportements néfastes qui ne font qu’aggraver la crise climatique ? Je suis désolée de vous décevoir, mais ce rêve ne deviendra probablement pas réalité…

Des ghostnets au pont d’un voilier

Géraldine Le Roux et ses treize seasters ont bien mis les voiles et navigué durant plus de quinze jours, mais pas pour échapper à la pollution. Elles sont au contraire parties pour recenser les zones de pollution dans le Pacifique Sud, étudier la manière dont les déchets plastiques se propagent dans les océans, informer et sensibiliser à ce sujet, et soutenir la recherche dans ce domaine. Un programme chargé qui subira quelques modifications, l’équipage ayant embarqué en mars 2020…

Enseignante-chercheuse et codirectrice du département d’ethnologie de l’université de Bretagne Occidentale, l’autrice n’est pas novice en matière de pollution plastique. Elle traite en effet de ce problème dans le cadre de son travail en Australie et en Océanie autour des arts contemporains de cette région du monde, de la souveraineté autochtone et, bien sûr, de la pollution marine plastique.

Si vous ne voyez pas le lien entre ces différents sujets, c’est que vous ne connaissez probablement pas l’art des ghostnets. Le terme ghostnets désigne les filets de pêche jetés ou perdus en mer qui peuvent rejoindre les côtes et perturber aussi bien la vie marine que les activités humaines (Le Roux, 2019). Des artistes autochtones australiens se sont emparés de ce fléau pour en faire des œuvres d’art encore méconnues en France, qui déstabilisent bien souvent les Occidentales et les Occidentaux.

« Comme l’a montré l’anthropologie, le rapport aux déchets est révélateur des valeurs et des principes d’une société. »

— Géraldine Le Roux, Sea Sisters

Géraldine Leroux a décidé de faire connaître cet art fascinant en France, montrant ainsi toute l’inventivité que l’humain peut déployer face à la pollution. Une force dont l’autrice et ses « sœurs » de navigation ont aussi fait preuve à bord du voilier Traveledge, sur lequel elles ont embarqué dans le cadre du programme eXXpedition cofondé et mené par Emily Penn.

Désireuse d’expérimenter l’« immensité océanique » (Mesnard, 2021) Géraldine Le Roux a été retenue pour participer à la huitième étape d’un tour du monde mêlant sciences et aventure. Accompagnée de skippeuses professionnelles et de neuf autres femmes de tous horizons, l’autrice a intégré un projet de sciences participatives 100% féminin visant à s’attaquer au problème de la pollution microplastique dans les océans, phénomène aux nombreux effets délétères sur l’environnement et les êtres vivants (humains comme non humains).

Une aventure instructive

C’est cette incroyable expédition que l’enseignante-chercheuse nous rapporte dans Sea Sisters, un bel ouvrage qui relève autant de l’essai écologique et écoféministe que du récit de voyage. Après avoir évoqué la préparation de son aventure, elle alterne constamment entre anecdotes sur la vie à bord et faits scientifiques effarants.

Nous prélevons des échantillons d’eau de mer avec elle, prenons conscience de l’omniprésence du plastique à ses côtés et cherchons ensemble des pistes pour que les océans ne soient plus la « soupe-plastique » qu’ils sont devenus.

Cette approche pratique d’une expédition scientifique rend ce livre accessible à tous et à toutes. Géraldine Le Roux emploi des termes quotidiens et explique clairement les mots ou procédés les plus complexes, elle partage des chiffres et des faits clés sans nous ensevelir sous l’information, elle fait montre d’un fort engagement écologique sans pour autant nous faire culpabiliser.

Il n’est pas ici question de nous pousser à adopter un mode de vie totalement zéro déchet, mais à opter pour des alternatives plus respectueuses de l’environnement lorsqu’elles existent. Il n’est pas question de renoncer à son mode de vie, mais d’y apporter quelques modifications pour limiter son empreinte écologique. Faire de son mieux, en somme.

« Il est facile d’imaginer et de dire vouloir faire différemment, mais il n’est pas aisé de le mettre en pratique. Nous avons tous un quotidien à assurer et le plastique comme d’autres inventions de la modernité y ont une place prépondérante. »

— Géraldine Le Roux, Sea Sisters

Des obstacles inattendus

L’autrice a conscience des contraintes qui existent dans notre vie de tous les jours et a été d’autant plus brusquement ramenée à la réalité lorsque l’équipage a été rattrapé par l’épidémie de Covid-19. L’objectif d’eXXpedition n’avait jamais été d’isoler les femmes sur un bateau loin de toute civilisation. Son projet était au contraire de les amener à rencontrer celles et ceux qui contribuent à la pollution plastique et apportent des solutions pour la résoudre… Un projet difficile à mener à l’heure où les ports ont cessé d’accueillir les bateaux, où les voyageurs et voyageuses des quatre coins du monde ont été invités à retourner chez eux au plus vite.

Géraldine Le Roux a donc dû écourter son aventure et renoncer à de belles rencontres, mais cela n’a aucunement entamé la qualité de ses échanges avec ses seasters durant cette expérience humaine riche en fous rires, en surprises et en moments de sororité. La vie en communauté n’est pas toujours des plus reposantes, surtout à bord d’un voilier, mais la navigatrice rapporte avec humour et force détails une multitude de petits moments qui donnent envie d’embarquer à son tour.

EXXpedition a malheureusement dû annuler son tour du monde prévu en trente étapes, mais a tout de même contribué à la recherche tout en créant une communauté de femmes engagées contre la pollution marine, qu’elles aient finalement embarqué ou non.

S’informer pour mieux agir

Sea Sisters donne quelques pistes pour lutter contre la pollution des mers, outre l’urgence de « fermer le robinet » et de limiter la production de plastique. Les opérations de nettoyage des plages, le fait de réduire, réutiliser, réparer, recycler et refuser les objets en plastique, l’utilisation d’outils comme l’application Marine Debris Tracker ou la plateforme SHiFT sont autant de potentielles solutions à explorer pour œuvrer à notre tour à un monde moins saturé de plastique.

Vous pensez ne pas contribuer à la pollution marine ? Vous apprendrez dans Sea Sisters que « les déchets plastiques en mer proviennent à 80 % d’activités terrestres », parmi de nombreuses autres informations aussi révoltantes que motivantes. Motivantes, car il nous faut agir vite pour la santé de notre planète, des créatures marines et de tous les êtres vivants. Le plastique et les microdébris qu’il génère sont abrasifs, toxiques et nocifs, ils ne se décomposent que très difficilement alors que la production de cette matière ne cesse de croître dans le monde.

Richement illustré de photographies prises avant et pendant la traversée, Sea Sisters est un livre inspirant et éclairant qui aborde aussi bien la sororité que la toxicité du plastique pour les organismes marins en passant par la conservation des bananes et le caca de baleine… Un ouvrage à lire, à relire et à offrir pour voyager dans le Pacifique tout en aiguisant sa conscience écologique.

Une phrase résume bien toute la légèreté et la gravité de Sea Sisters :

« La science peut se faire en bikini ! »

— Géraldine Le Roux, Sea Sisters

Ma note

L’atmosphère

L'atmosphère de Sea Sisters, Géraldine Le Roux, Indigène éditions, 2021

À propos

Autrice : Géraldine Le Roux
Maison d’édition : Indigène éditions
Date de publication : Juin 2021
Pages : 120
ISBN : 978-2375951071

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