Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen | Stefan Zweig

« Les instants les plus grands sont toujours au-delà du temps. »

— Stefan Zweig, Le Monde d’hier

Une fresque historique majeure

Attention, chef d’œuvre à découvrir d’urgence, un grand livre au-delà du temps ! Le Monde d’hier est un texte autobiographique, littéraire et historique fascinant qui plonge lecteurs et lectrices au cœur de la bourgeoisie juive viennoise à l’aube du XXe siècle avant de les précipiter vers les affres des deux guerres mondiales, le tout dans une atmosphère qui respire l’art, l’érudition et l’humanisme, pour ne pas dire l’humanité.

Né à Vienne en 1881 et mort dans la ville brésilienne de Petrópolis en 1942, Stefan Zweig a eu une vie passionnante dont vous pourrez retrouver les grandes lignes sur le Web (sur le site de la Fnac, par exemple). Pour approfondir le sujet, je vous suggère tout particulièrement d’écouter l’excellente série de quatre podcasts à son propos de l’émission de France Culture La Compagnie des auteurs présentée par Matthieu Garrigou-Lagrange.

Connaître et comprendre le parcours de l’écrivain est un réel atout pour découvrir Le Monde d’hier, dans lequel Stefan Zweig fait le récit de sa génération à travers sa propre histoire. Une génération qui semble avoir connu le meilleur comme le pire.

Vivre à une époque charnière

« Jamais – ce n’est aucunement avec orgueil que je le consigne, mais avec honte – une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle élévation spirituelle dans une telle décadence morale. »

— Stefan Zweig, Le Monde d’hier (préface)

Malgré cette honte, et bien que le texte s’assombrisse peu à peu au fil des événements historiques, Zweig trouve toujours quelques éclats lumineux à mettre en avant, tout particulièrement lorsqu’il évoque son amour de la culture et ses incroyables amitiés.

La culture, qu’il décrit comme le « plus sain des superflus que nous offre la vie », a fait partie intégrante de son existence dès son plus jeune âge, notamment grâce à sa famille aisée et à ses camarades de classe.

Qu’il est passionnant de suivre les ardeurs que des artistes novateurs ont éveillées chez un Stefan Zweig encore lycéen ! Qu’il est grisant de se laisser entraîner par la soif de savoir et l’insatiable curiosité de l’auteur ! Les longues listes de noms cités, bien loin d’être étouffantes, donnent envie de tout découvrir, lire, admirer, écouter…

Après une scolarité rigide vécue douloureusement, l’auteur ne dédiera toutefois pas sa vie qu’à la culture et à l’art, mais aussi à « l’union spirituelle de l’Europe ». L’attachement de Zweig à l’Europe et aux échanges interculturels se manifeste au travers de ses nombreux voyages – qu’il a la bonté de partager dans ce livre – et dans son amour de la traduction, dont il fait une merveilleuse éloge – qu’il est bon de relire à l’heure où les traducteurs et traductrices sont si peu mis en avant.

Malgré ses nombreux séjours aux quatre coins du monde, de la France à l’Amérique du Sud en passant par l’Allemagne, les États-Unis, l’Italie, le Royaume-Uni ou encore la Russie, l’écrivain ne saisira la douleur de l’exil que lorsqu’il y sera forcé face à la montée du nazisme en Europe.

Assister à l’effondrement d’un continent auquel Zweig avait tout donné est un réel déchirement, bien que plusieurs artistes tels que Romain Rolland apportent une touche d’espoir en combattant sans relâche les forces obscures auxquelles ils faisaient face.

Si l’auteur autrichien a tendance à s’enflammer pour les personnes qu’il admire, notamment Freud dont il dresse un magnifique portrait, il ne semble jamais aussi enthousiaste que lorsqu’il évoque Romain Rolland. Selon Zweig, « c’était la conscience morale de l’Europe qui [lui] parlait » à travers Rolland, tout déterminé qu’était l’auteur de Jean-Christophe à « agir en chaque chose de façon humaine, juste et exemplaire ».

Une autobiographie riche à ne pas manquer

Bien que l’on puisse déplorer le manque de figures féminines dans ce texte, il n’en constitue pas moins un livre édifiant d’une qualité exceptionnelle, qu’il s’agisse de la plume de l’écrivain, de l’excellente traduction de Serge Niémetz, des informations apportées aux lecteurs et lectrices ou des réflexions qui y sont soulevées.

Ces quelques lignes ne mettent en avant qu’une poignée des sujets abordés par Zweig, qui partage son point de vue sur le temps qui passe, l’humanité, l’identité, l’intérêt de la culture, le judaïsme, la place de la jeunesse dans la société, etc., le tout au cours d’une période historique chargée pourtant maintes fois étudiée, et sur laquelle il jette un éclairage nouveau.

Une œuvre à lire absolument, dont je recommanderais d’associer la lecture à celle d’Une Vie de Simone Veil. En effet, les témoignages de leurs auteurs se croisent à l’orée de la Seconde Guerre mondiale, ces deux grandes figures historiques partageant des valeurs européennes fortes qu’il est passionnant de découvrir ou d’approfondir à leurs côtés.

En guise de conclusion, le résumé du Livre de Poche décrit très bien Le Monde d’hier et sa richesse sans pareille :

« Parsemé d’anecdotes, plein de charme et de couleurs, de drames aussi, ce tableau d’un demi-siècle de l’histoire de l’Europe résume le sens d’une vie, d’un engagement d’écrivain, d’un idéal. C’est aussi un des livres-témoignages les plus bouleversants et les plus essentiels pour nous aider à comprendre le siècle passé. »

Tout est dit, et pourtant rien n’est dit – tout reste à lire.

Ma note

Coup de coeur

À propos du livre

Auteur : Stefan Zweig
Traducteur : Serge Niémetz
Maison d’édition : Le Livre de Poche (éditeur d’origine : Belfond)
Date de publication : 1996 (publié pour la première fois en 1941)
Pages : 512
ISBN : 978-2253140405

5 commentaires

    • En effet, il faut absolument lire cet ouvrage… auquel ma chronique ne rend absolument pas justice, il y aurait tant à dire ! Stefan Zweig a un don pour ouvrir l’« appétit culturel » et amplifier la soif de découvertes des lecteurs et lectrices. Merci beaucoup pour votre visite et votre commentaire ! 😃

      Aimé par 1 personne

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