La Liste de Schindler | Thomas Keneally

« Les survivants se rappellent cette liste avec une telle émotion que la réalité se brouille. La liste, c’était le bien absolu. C’était la vie. Au-delà de ces quelques feuillets bourrés de noms, il n’y avait plus qu’un trou noir. »

— Thomas Keneally, La Liste de Schindler

Vous avez certainement entendu parler d’Oskar Schindler par l’intermédiaire du film de Steven Spielberg sorti en 1993, La Liste de Schindler. Le livre éponyme à l’origine de ce classique cinématographique est sans doute moins connu, mais gagnerait à l’être davantage tant il est puissant et bouleversant !

Son auteur, l’Australien Thomas Keneally, a mené une enquête diligente sur les traces d’Oskar Schindler, un industriel allemand qui a sauvé des centaines d’ouvriers juifs qu’il employait dans ses usines, d’abord en Pologne puis en Bohême-Moravie.

L’écrivain ne s’est pas contenté de compiler les résultats de ses recherches : il en a tiré un roman historique à la fois fascinant, réaliste, authentique et plus « digeste » qu’un essai. L’auteur a reconstitué les dialogues et les scènes du passé sans jamais cacher les incertitudes qui planent sur telle ou telle action, sur telle motivation. Il nous transmet ainsi les faits historiques qu’il a découverts sans broder autour des points qui n’ont pas pu être éclaircis.

S’il s’agit bien d’un roman, La Liste de Schindler est si réaliste, rédigé dans un style si proche de l’écriture journalistique, qu’il se dévore comme un (long et passionnant) article de journal, à l’image des enquêtes du New Yorker.

Récompensé par le Booker Prize en 1982 (le prix littéraire anglophone majeur pour les œuvres de fiction), ce livre fait donc partie de ces œuvres à mi-chemin entre vérité historique et romanesque, une porte d’entrée selon moi idéale pour les lecteurs que la non-fiction n’attire pas.

Cette lecture peut intimider, bien sûr : combien d’ouvrages avons-nous lus sur la Shoah, combien de reportages avons-nous vus à ce sujet, devons-nous encore nous confronter à ces souffrances ? Oui.

Oui, car nous sommes investis d’un devoir de mémoire, nous ne devons pas oublier et, surtout, ne pas recommencer. Chaque récit sur cette période de l’histoire apporte son propre éclairage, et La Liste de Schindler ne fait pas figure d’exception en adoptant un angle peu commun.

Son auteur nous met face à des atrocités inimaginables, à une violence effarante, de ces scènes (jamais « sensationnalisées ») qui nous font toujours dire, malgré tout ce que l’on sait sur l’Holocauste, « Comment cela a-t-il pu se produire ? Comment certains ont-ils pu survivre ? »

C’est à cette question que Keneally répond en partie à travers l’incroyable histoire d’Oskar Schindler. Ce dernier a protégé ses employés coûte que coûte, à grands renforts de pots-de-vins et d’habiles entourloupes pour éviter à des centaines d’hommes et de femmes d’être déportés dans des camps aux conditions de vie effroyables.

Oskar Schindler est un protagoniste courageux et souvent admirable, mais jamais encensé, ses zones d’ombre n’étant pas passées sous silence. Membre du parti nazi, infidèle, versant dans l’excès, il a aussi tiré parti de la guerre pour s’enrichir et faire des affaires. Cette dualité, tant dans la personnalité de Schindler que dans les actes de cruauté et de bonté qui ponctuent le livre, ne fait qu’amplifier la beauté des gestes de compassion, d’humanité, des petits miracles qui semblent s’être produits tout au long de la guerre.

L’auteur met en lumière l’histoire de celles et ceux qui ont contribué à sauver des vies humaines et sont encore trop peu connus. Comme l’écrit Sam Jordison dans le Guardian :

« La Liste de Schindler est un livre qui montre que le chiffre de six millions de morts cache six millions de tragédies personnelles. Plus, en réalité, si l’on compte tous ceux qui ont perdu leurs amis, amoureux, frères, sœurs, parents, grands-parents et […] enfants. »

« Schindler’s Ark is a book which demonstrates that behind the statistic of six million Holocaust deaths, there are six million personal tragedies. More, indeed, if we count all the people who lost their friends, lovers, sisters brothers, parents, grandparents and – God help us – children. »

— Jordison, S. (2009) Booker Club: Schindler’s Ark. The Guardian [en ligne], 15 mai [consulté le 17 mars 2020].

Les « personnages secondaires » ne sont pas oubliés, même si Schindler reste au cœur de ce roman. Ce n’est d’ailleurs que parce que les autres personnages existent qu’il peut être au centre de ce livre. Chacun est incarné et soigneusement étudié, témoignant du travail de recherche de l’auteur.

Il devient étonnamment facile, au fil de la lecture, de se repérer entre les différents personnages pourtant nombreux, ce qui pourrait prêter à confusion. Autant de trajectoires de vie qui marquent le lecteur, permettent de mettre des noms et des visages sur ces millions de victimes, de redonner à ces personnes l’humanité dont la cruauté de leurs semblables les a privés.

Keneally n’a pas oublié de mentionner le rôle de la femme de Schindler, Emilie, qui reste toutefois en retrait tout au long du roman. J’aurais aimé en découvrir plus sur elle et son histoire, tout comme j’aurais aimé en apprendre davantage sur chacun des individus apparaissant dans cet ouvrage.

C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai l’intention de me pencher sur La Quête de Schindler (Sonatine, 2015), dans lequel Keneally retrace son enquête sur ce personnage historique. Cette lecture sera certainement l’occasion d’en savoir plus sur les différents protagonistes et de comprendre comment un tel roman a pu voir le jour.

Je ne peux que vous encourager à découvrir ce récit poignant, à la fois difficile et porteur d’espoir, en tout cas nécessaire. Si vous vous intéressez à La Liste de Schindler, si vous avez apprécié le livre ou le film, voici d’autres références que vous pourriez aimer (re)découvrir :

N’hésitez pas à suggérer d’autres références pour enrichir cette liste !

Ma note

À lire et à faire lire de toute urgence

Informations sur le livre

Auteur : Thomas Keneally
Traducteur : François Dupuis
Maison d’édition : Robert Laffont (Pavillons Poche)
Date de publication : 2015 (paru pour la première fois en 1984)
Pages : 546
ISBN : 978-2221156162

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