La vie devant soi | Émile Ajar/Romain Gary

La vie devant soi, Romain Gary, Gallimard, 2017
Source : Gallimard

L’histoire de ce livre est un roman à elle seule ! Publié sous le nom d’Émile Ajar, La vie devant soi a obtenu le prix Goncourt en 1975 alors que son auteur, Romain Gary, l’avait déjà gagné en 1956 pour Les Racines du ciel. Un habile jeu de pseudonyme et de dissimulation lui a permis de devenir le seul écrivain à remporter deux fois ce prestigieux prix, un pied de nez à cette institution littéraire française qui a dû bien amuser ceux qui étaient dans la confidence.

La vie devant soi est un récit surprenant, tout d’abord de par le langage a priori peu élégant qui y est employé. Le style d’écriture, très oral et quotidien, peut décontenancer, mais fait aussi tout le charme du roman. Vocabulaire et tournure inattendus semblent tout naturels dans la bouche du jeune Momo, dix ans, qui a grandi chez Madame Rosa, une ancienne prostituée juive qui accueille les enfants des femmes qui ont pris la relève sur les trottoirs.

Il y raconte, avec ses propres mots, son quotidien dans un quartier peu fortuné, haut en couleur et plus que surprenant. Il y raconte surtout son amour pour cette vieille femme qui l’a recueilli et qu’il voit sombrer chaque jour un peu plus vers la fin de ses jours. Momo, lui, a toute la vie devant lui, mais ne semble pas s’en réjouir particulièrement.

À travers toute la galerie de personnages qui se croisent dans le quartier de Belleville et dans la cage d’escalier d’un appartement sans ascenseur, Romain Gary semble interpeller le lecteur : « Et toi, quel sens donnes-tu à ta vie ? En a-t-elle un ? Et qui aimes-tu ? Que ferais-tu pour cette personne ? »

Chacun verra sans aucun doute des questions différentes jetées çà et là entre les lignes de ce conte moderne à la fois perturbant et terriblement émouvant. L’attachement que l’on éprouve pour Momo, la compassion que suscite Madame Rosa, montrent le génie de l’auteur : alors que l’action se déroule dans un milieu dont on n’aimerait pas forcément faire partie, on ne peut s’empêcher de souffrir avec les personnages, d’avoir l’impression d’être l’un des leurs.

J’ai particulièrement aimé ce livre dans la version audio de Gallimard, qui en a presque fait une pièce radiophonique avec bruitages, musique et plusieurs narrateurs qui ajoutent à l’authenticité du roman. J’ai malheureusement découvert qu’il s’agissait d’une version abrégée du texte, je me ferai donc un plaisir de le lire dans son intégralité lorsque j’en aurai l’occasion.

La vie devant soi est en tout cas un récit qui s’immisce doucement dans l’esprit du lecteur avant de le prendre aux tripes, de les retourner et de le laisser hagard, à la fois heureux et les joues mouillées de larmes.

Un beau voyage qui méritait bien le prix Goncourt.

Ma note

À lire et à faire lire de toute urgence

À propos du livre

Éditeur : Gallimard (Écoutez lire)
Auteur : Émile Ajar/Romain Gary
Date de parution : 2017 (paru pour la première fois en audio chez Gallimard en 2004 et en version écrite en 1975 au Mercure de France)
Durée : environ 5 heures
ISBN : 978-2072727306

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